"Bono: Stories of Surrender", disponible sur Apple TV+ depuis mai 2025, est difficile à catégoriser. Plus qu'un documentaire musical classique, c'est la captation soignée d'un spectacle solo, inspiré de son autobiographie "Surrender: 40 Songs, One Story". Bono nous promet une plongée intime dans sa vie, celle de Paul Hewson, l'homme derrière la légende. Il lève le voile sur son parcours, ses relations et ses convictions, avec l'objectif affiché de se dévoiler sans artifice.
Ce parti pris est à double tranchant : la vulnérabilité affichée peut fasciner autant qu'irriter par son potentiel auto-satisfait. N'attendez pas un documentaire sur U2. C'est avant tout un autoportrait de Paul Hewson, vu à travers le prisme de Bono. L'absence des autres membres du groupe, le format "one-man show" et l'adaptation de ses mémoires le confirment. Si vous cherchez une analyse approfondie du groupe, vous risquez d'être déçu. Le film se concentre sur Bono en tant que "fils, père, mari, militant et rockstar", négligeant l'histoire collective de U2.

De Paul Hewson à Bono : une histoire à cœur ouvert ?
Le film est guidé par le désir de Bono de se raconter, de laisser tomber le masque de la célébrité. Conscient du risque de nombrilisme, il explore pourtant avec une franchise assumée des thèmes clés de sa vie : la perte tragique de sa mère à 14 ans, sa relation complexe avec son père, la formation de U2, son mariage avec Ali et son engagement humanitaire. Ces éléments sont présentés comme les fondements de sa créativité et de sa personnalité publique.
On assiste à une sorte de thérapie publique, où Bono explore ses blessures passées, notamment sa quête d'approbation paternelle. En incarnant sur scène des figures clés de sa vie, comme son père, il tente de se réconcilier avec son passé. Le "Surrender" du titre n'est pas une capitulation, mais une démarche active de reconstruction et de contrôle de son propre récit.
Un showman qui se livre (vraiment) ?
La performance de Bono oscille entre vulnérabilité et maîtrise scénique. Certains saluent son honnêteté crue et sa capacité à s'exposer, tandis que d'autres pointent une mise en scène trop calculée, voire de la "mégalomanie". Sa tendance à incarner différents personnages, avec des imitations parfois cocasses, peut agacer. L'appréciation dépendra de votre tolérance à cette facette de sa personnalité. Sans une certaine familiarité avec son parcours, le spectacle risque de paraître artificiel, voire "guindé". Les chansons de U2, réinterprétées dans des versions dépouillées, ponctuent avec émotion ce récit autobiographique.
L'œil d'Andrew Dominik : sobriété et immersion
La réalisation d'Andrew Dominik (Nick Cave, Blonde) impose une esthétique particulière : noir et blanc contrasté, éclairage clair-obscur, mise en scène minimaliste. Le choix du noir et blanc vise à donner une dimension intemporelle et universelle au récit. La caméra alterne gros plans intimes et plans larges, dynamisant la captation. L'immersion est renforcée par la version Apple Immersive Video pour le Vision Pro (à noter : le film n'est pas entièrement en 3D), et je n'ai pas testé le gadget de Apple pour le visionnage. Ce parti pris esthétique, parfois jugé "vide" par certains, contraste avec la technologie de pointe mise en avant par Apple, il y a un parteriat avec U2 depuis très longtemps, on est parfois plus dans la présentation de produit avec la marque à la pomme.
Critiques mitigées : un miroir aux alouettes ?
Les critiques sont partagées. Les fans de U2 y trouveront leur compte, tandis que les autres risquent de s'ennuyer ou d'être agacés par l'auto-congratulation. Le film ne convertira pas les sceptiques. Il confirme plutôt les opinions préexistantes sur Bono. L'impact émotionnel de sa performance divise, entre sincérité et mise en scène. Les points positifs : les réinterprétations musicales et les passages sur ses parents.
Mon expérience (et mes galères) : Apple TV, un parcours du combattant
Mon expérience avec Apple TV a été laborieuse, entre bugs et messages d'erreur. Ce paradoxe entre la promesse d'une expérience premium et les difficultés d'accès est frustrant. Apple est un comme un petit vieux, une fois sortie de son quartier, il est perdu. On va arrêté avant la période d'essai.

Pour apprécier le film, il faut connaître l'histoire de U2 et la personnalité de Bono. Sans ces clés de lecture, sa "mégalomanie assumée" peut dérouter. Néanmoins, voir Bono incarner plusieurs personnages est captivant et témoigne de son talent de conteur qu'on ne peut pas lui retirer.
Conclusion : Se rendre ou résister à Bono ?
"Stories of Surrender" est une confession scénique intime, portée par une performance maîtrisée et une esthétique soignée, mais clivante. Véritable mise à nu ou autopromotion déguisée ? À vous de juger. L'appréciation du film dépendra de votre perception de Bono. Certains verront du courage, d'autres de l'égocentrisme. Malgré ses défauts, "Stories of Surrender" offre un aperçu fascinant de la psyché d'une icône rock, qui, même en se "rendant", continue de maîtriser son récit avec brio. Le film interroge autant qu'il répond, laissant le spectateur face à ses propres interprétations.