Lorsqu’on arrente le pavé des célèbres places d'Arras, il est captivant de réaliser que la surface ne raconte qu'une fraction de l'histoire. Pour toute personne qui s'interroge sur la question Que Découvrir sur Arras au Moyen Âge ? Genèse, Âge d’Or Communal, Boves et Épopée Bourguignonne, la réponse réside dans un voyage à la fois vertical et temporel. De la naissance des édifices monastiques aux rivalités politiques majeures de l'Occident chrétien, Arras a représenté un carrefour économique et culturel de premier ordre dans les Hauts-de-France.
Dans cette exploration, nous vous invitons à parcourir les méandres d'une histoire médiévale fascinante. Nous observerons comment une cité gallo-romaine s'est métamorphosée en une métropole marchande dotée d'un vaste réseau souterrain et d'une autonomie communale jalousement défendue.

En résumé
Au Moyen Âge, Arras s'est affirmée comme une métropole bicéphale majeure, divisée entre Cité épiscopale et Ville marchande. Son essor repose sur l'industrie drapière, la haute banque, et la production internationale de tapisseries de haute-lisse (arazzi). Son sous-sol abrite les boves, d'anciennes carrières de craie creusées dès le Haut Moyen Âge puis reconverties en entrepôts marchands. Théâtre du célèbre Traité d'Arras de 1435 et marquée par les violences de la Vauderie et du siège de Louis XI, la ville conserve un patrimoine civil et souterrain exceptionnel.
Points Clés à Retenir
• Une structure urbaine bicéphale : Une séparation marquée dès le XIe siècle entre la Cité épiscopale (à l'ouest) et la Ville marchande (à l'est), articulée autour de l'abbaye Saint-Vaast.
• Un réseau souterrain fascinant : Les boves, galeries de craie creusées entre 4 et 12 mètres de profondeur, nées de l'extraction de matériaux avant de devenir des entrepôts commerciaux.
• Un rôle économique de premier plan : Pionnière du grand commerce drapier, du capitalisme bancaire dès le XIIIe siècle, puis capitale mondiale de la tapisserie de luxe.
• Un centre culturel et théâtral novateur : Le berceau du théâtre profane en langue d'oïl avec Jehan Bodel et Adam de la Halle au sein du Puy d'Arras.
• Une histoire politique mouvementée : De la conférence diplomatique européenne de 1435 jusqu'à l'épisode tragique de la déportation sous Louis XI et le rattachement aux Habsbourg.
De Nemetacum à la Métropole Bicéphale : Genèse d'Arras
Pour comprendre l'organisation de la ville médiévale, nous devons d'abord remonter à ses origines antiques et à sa restructuration spirituelle.
L'Héritage Antique et l'Apostolat de Saint Vaast
L'occupation de la région arrageoise remonte à l'Antiquité romaine sous le nom de Nemetacum, capitale de la cité des Atrébates. Lors des invasions du IIIe siècle, l'agglomération se replie à l'intérieur d'un castrum fortifié d'une dizaine d'hectares. Au début du VIe siècle, le renouveau urbain s'articule autour de la figure de saint Vaast. Envoyer évangéliser le secteur vers l'an 500, Vaast reconstruit la communauté chrétienne. La tradition attribue à l'évêque le miracle d'avoir chassé un ours qui résidait dans l'ancienne cathédrale en ruine.
À la mort de saint Vaast en 540, la faiblesse démographique locale entraîne le transfert temporaire du siège épiscopal vers Cambrai. Toutefois, en 667, l'évêque saint Aubert fait transférer les reliques du saint hors du vieux castrum, sur la rive droite du Crinchon. C'est là qu'émerge l'abbaye Saint-Vaast. Vers 678, le roi mérovingien Thierry III dote l'abbaye d'un domaine colossal de 1 400 arpents (environ 650 hectares) et lui accorde une immunité royale complète face à l'autorité civile et épiscopale.
La Coexistence Conflictuelle Entre la Cité et la Ville
À partir du XIe siècle, la topographie arrageoise se fixe dans un modèle dual très particulier. Deux entités distinctes coexistent de part et d'autre du ruisseau du Crinchon :
- La Cité épiscopale : Établie sur l'ancien castrum romain, centrée sur le pouvoir de l'évêque et la cathédrale Notre-Dame-en-Cité.
- La Ville marchande : Développée autour de l'abbaye Saint-Vaast, dédiée au commerce, à l'artisanat drapier et aux marchés.
En 1103, le comte de Flandre Robert II de Jérusalem fait construire une muraille de pierre blanche autour de la Ville, matérialisant cette fracture urbaine qui perdurera jusqu'au XVIIIe siècle.
Le tableau suivant résume les oppositions fondamentales entre ces deux secteurs :
| Caractéristique | La Cité d'Arras (Secteur Ouest) | La Ville d'Arras (Secteur Est) |
|---|---|---|
| Origine | Castrum gallo-romain de Nemetacum | Bourg monastique autour de l'abbaye Saint-Vaast |
| Autorité dominante | Évêque et Chapitre cathédral | Abbé de Saint-Vaast et Échevinage bourgeois |
| Édifice religieux phare | Cathédrale Notre-Dame-en-Cité | Abbatiale Saint-Vaast et églises paroissiales |
| Vocation principale | Canoniale, judiciaire et administrative | Artisanale, financière et marchande |
| Architecture civique | Hôtel de ville de la Cité | Beffroi de pierre, Grand'Place et Petite Place |
L'Âge d'Or Communal : Draperie, Banque et Libertés Urbaines
Le XIIIe siècle marque l'apogée économique d'Arras, poussé par un patriciat marchand particulièrement entreprenant.
L'Empire du Drap et le Capitalisme des Banquiers Arrageois
La richesse d'Arras s'est bâtie sur la production textile. La ville importe de la laine d'Angleterre, la fait tisser, fouler sur le Crinchon et teindre en écarlate. Les marchandises sont vendues sur les places et exportées dans toute l'Europe. Cette activité florissante génère des capitaux immenses.
De grandes familles marchandes — comme les Crespin, les Louchart ou les Faverel — fondent de véritables dynasties financières. Jacques Louchart, surnommé Barbedorée, gère notamment les finances de la maison comtale d'Artois à la fin du XIIIe siècle. Ces banquiers prêtent des sommes massives aux princes européens, aux villes flamandes et aux grandes abbayes, faisant d'Arras la véritable capitale bancaire du nord de la France.
Cette concentration de richesses entraîne toutefois des tensions politiques internes. Le patriciat exerce une gestion oligarchique au sein de l'échevinage, ce qui provoque la colère des corporations d'artisans. À la fin du XIIIe siècle, plusieurs révoltes urbaines éclatent pour dénoncer la lourdeur des impôts indirects pesant sur la consommation populaire.
La Charte de 1194 et l'Émancipation Politique
En 1194, le roi de France Philippe Auguste octroie à Arras une Charte communale décisive. Ce document fixe les libertés urbaines, régule le montant des amendes pour contrecarrer l'arbitraire seigneurial et codifie l'organisation de l'échevinage constitué de 12 échevins. Cette charte servira de référence juridique dans de nombreuses cités de l'Artois et de la Flandre.
De 1237 à 1384, le comté d'Artois est érigé en apanage pour la branche cadette des Capétiens, à commencer par Robert Ier, frère de Saint Louis. Arras devient alors le centre administratif d'une principauté autonome sous le gouvernement de figures illustres, comme la comtesse Mahaut d'Artois au début du XIVe siècle.
Les Boves d'Arras : Genèse et Secrets du Réseau Souterrain
Parmi les incontournables d'Arras, le réseau des boves constitue une immersion impressionnante sous les pavés de la cité.

Du Creusement Médiéval à l'Extraction de la Craie
Pour édifier les remparts, la cathédrale et les grandes demeures médiévales, les habitants d'Arras ont puisé les matériaux directement sous leurs pieds. Selon le guide de la ville d'Arras sur les boves, ces galeries souterraines sont issues à l’origine de carrières destinées à fournir la pierre nécessaire aux constructions urbaines.
Les recherches historiques révèlent des datations concurrentes quant au démarrage des travaux : certaines sources évoquent une extraction débutant dès le IXe siècle, tandis que d'autres situent plutôt le développement massif des carrières au Xe siècle. D'après un reportage de La Voix du Nord, la datation remonterait au IXe siècle et l’exploitation médiévale sous le centre aurait cessé au XIIe siècle pour des raisons de sécurité liées au développement de la ville. Une publication présente d'ailleurs ce réseau dans un document d'information d'Arras Pays d'Artois comme des carrières creusées à partir du Xe siècle, progressivement adaptées en caves et entrepôts.
De la Carrière de Pierre à la Cave Commerciale
Une fois l'extraction arrêtée sous le cœur urbain pour prévenir les effondrements, les marchands ont rapidement pris possession de ces vides sanitaires. La Voix du Nord précise notamment que des commerçants utilisaient les espaces souterrains au XIVe siècle pour entreposer des marchandises entre deux jours de marché. Grâce à une température constante (environ 10 à 11 °C toute l'année), les boves offraient des conditions parfaites pour conserver le vin, le grain et les denrées périssables.
Cette réutilisation montre l'ingéniosité des commerçants arrageois : chaque maison bâtie sur les places disposait d'un accès direct à son tronçon de galerie. Durant la Première et la Seconde Guerre mondiale, le réseau a également servi d'abri collectif pour les habitants et l'armée.
Stratigraphie, Profondeurs et Différents Niveaux Souterrains
Les boves ne se résument pas à un niveau unique. Les carriers ont taillé la craie en suivant les bancs géologiques les plus solides, en réservant de lourds piliers de pierre pour soutenir le plafond.
Selon une étude de Subterranea Britannica, l’organisation souterraine atteint parfois environ 12 mètres sous les caves ordinaires autour des places, l'extraction s'étant ensuite déplacée vers de plus grandes carrières au sud-est de la ville. Les galeries s'étagent généralement sur trois niveaux principaux :
- Premier niveau (environ -4 mètres) : Caves domestiques et réserves des habitations.
- Deuxième niveau (environ -8 mètres) : Entrepôts commerciaux et zones de stockage pour les marchands des places.
- Troisième niveau (jusqu'à -12 mètres et plus) : Anciennes galeries d'extraction de la craie marchande.
L'Épopée Bourguignonne : Tapisseries de Luxe, Beffroi et Diplomatie
Au XIVe et XVe siècles, Arras passe sous le contrôle des ducs de Bourgogne de la maison de Valois. Cette période se caractérise par une intense effervescence artistique et politique.
L'Âge d’Or des Tapisseries d'Arras ou Arazzi
Face à la concurrence de la draperie anglaise, les artisans d'Arras opèrent une reconversion remarquable vers la tapisserie de haute-lisse. Ces tentures tissées de laine, de soie et de fils d'or deviennent le symbole ultime du luxe dans toutes les cours européennes. La première mention d'une commande princière remonte à 1313, lorsque la comtesse Mahaut d'Artois achète plusieurs œuvres à la marchande Isabelle Caurrée.
La renommée des ateliers arrageois est telle que le nom de la ville est adopté dans plusieurs langues pour désigner une tapisserie d'art : arazzo (au pluriel arazzi) en italien, arras en anglais, ou drap de Ras en espagnol. Cependant, la pression fiscale exercée par les ducs de Bourgogne à la fin du XVe siècle incitera de nombreux maîtres tisseurs à émigrer vers Tournai, Lille puis Bruxelles.
Le Congrès d'Arras de 1435 et l'Érection du Beffroi
En 1435, l'abbaye Saint-Vaast accueille le Congrès d'Arras, considéré par les historiens comme la première grande conférence diplomatique européenne. Ce congrès débouche sur le Traité d'Arras du 21 septembre 1435, par lequel le duc de Bourgogne Philippe le Bon se détache de l'alliance anglaise pour se réconcilier avec le roi de France Charles VII, débloquant la fin de la guerre de Cent Ans.
Pour affirmer la puissance de la municipalité face aux autorités ecclésiastiques, l'échevinage lance en 1463 la construction du Beffroi d'Arras sur la Petite Place (actuelle Place des Héros). Élevé dans un style gothique flamboyant raffiné, le beffroi culminera à 75 mètres de hauteur. Il sera achevé en 1554 avec la pose de la couronne impériale et du Lion d'Arras.
Les Épreuves du XVe Siècle : Vauderie, Siège et l'Épisode de Franchise
La fin de l'époque médiévale est marquée par deux crises majeures qui ont profondément ébranlé la société arrageoise.
La Grande Vauderie d'Arras : Terreur Inquisitoriale
Entre 1459 et 1461, Arras est frappée par l'un des procès en sorcellerie les plus retentissants du Moyen Âge : la Grande Vauderie. Sous la direction de l'inquisiteur Pierre de Broussart et tirant parti de tensions politiques locales, des dizaines de personnes sont accusées d'hérésie et de participer au sabbat.
La procédure frappe d'abord des marginalisés avant de viser de grands notables, des échevins et des conseillers ducaux. Au total, 29 personnes sont inculpées et 12 exécutions au bûcher sont prononcées. Il faudra attendre 1491 pour que le Parlement de Paris prononce la réhabilitation officielle et solennelle de toutes les victimes de cette hystérie judiciaire.
Le Siège de Louis XI et l'Utopie Autoritaire de Franchise
À la mort du duc Charles le Téméraire en 1477, le roi de France Louis XI tente de reprendre l'Artois. Mais la Ville d'Arras refuse de se soumettre et reste fidèle au souvenir bourguignon. En avril 1477, l'armée royale assiège la cité et pilonne ses remparts pendant 19 jours.
Après la reddition d'Arras, la répression est féroce. Louis XI ordonne l'exécution de personnalités locales, dont le procureur Oudart de Bussy. En juillet 1479, le roi prend une mesure extrême : il ordonne la déportation intégrale des habitants d'Arras et raye le nom de la ville des cartes pour la rebaptiser « Franchise ».
Des familles d'artisans venues de Tours, d'Orléans ou de Laval sont déplacées de force pour repupler la cité. Cet essai de colonisation forcée se solde par un échec économique complet. En 1482, le second Traité d'Arras autorise le retour des habitants d'origine. Enfin, en 1493, le Traité de Senlis attribue la ville aux Habsbourg, faisant passer Arras sous souveraineté espagnole jusqu'au XVIIe siècle.
Foire Aux Questions sur Arras au Moyen Âge et ses Boves
Quand Arras devient-elle une véritable ville médiévale ?
La transition vers la cité médiévale s'opère entre le VIe et le VIIe siècle. Le moment fondateur reste le transfert des reliques de saint Vaast en 667 et la création de l'abbaye monastique sur les rives du Crinchon, attirant artisans et marchands.
Pourquoi Arras connaît-elle un âge d’or au XIIe et XIIIe siècles ?
Cet âge d'or s'explique par le développement spectaculaire de l'industrie drapière, l'organisation de foires régionales et l'émergence de grandes familles de banquiers (comme les Crespin et les Louchart) qui prêtaient de l'argent dans toute l'Europe.
Que sont exactement les boves d’Arras ?
Les boves sont un réseau de galeries souterraines taillées dans la craie. À l'origine carrières de pierres de taille pour construire les bâtiments de la surface, elles ont ensuite servi de caves marchandes, de réserves de nourriture, puis d'abris militaires.
Les boves ont-elles été creusées au IXe ou au Xe siècle ?
Les historiens retiennent des datations concurrentes. Certains travaux situent le début de l'extraction de la craie au IXe siècle sous la période carolingienne, tandis que d'autres documents évoquent le Xe siècle. Il est probable que l'extraction s'est échelonnée progressivement au fur et à mesure des besoins de construction.
À quelle profondeur se trouvent les boves d'Arras ?
Le réseau s'étage sur plusieurs niveaux allant de 4 mètres (caves domestiques) jusqu'à 12 mètres de profondeur (anciennes galeries d'extraction). Certains secteurs de carrières plus éloignés atteignent même des profondeurs supérieures.
Quelle est la différence entre une bove, une cave et une galerie militaire ?
Une bove désigne historiquement une galerie d'extraction de craie réaménagée. Une cave est une structure domestique créée directement sous une habitation, tandis qu'une galerie militaire (comme les souterrains de la Première Guerre mondiale) répond à des impératifs d'ingénierie et de jonction stratégique.
Que signifie l’expression « épopée bourguignonne » pour Arras ?
Cette expression désigne la période (1384–1477) durant laquelle Arras a appartenu aux ducs de Bourgogne de la maison de Valois. Durant cette ère, la ville était un foyer diplomatique majeur et le centre mondial de fabrication des tapisseries haut de gamme.
Quels vestiges du Moyen Âge peut-on encore admirer à Arras ?
En surface, vous pouvez contempler le Beffroi (commencé en 1463), les structures des Grand'Place et Place des Héros, les bâtiments réaménagés de l'abbaye Saint-Vaast, ainsi que le tracé historique de la séparation entre Cité et Ville.
Conclusion : Transmettre et Découvrir le Patrimoine Arrageois
Au terme de ce voyage à travers mille ans d'histoire, il apparaît nettement qu'Arras n'était pas une simple cité provinciale, mais un véritable laboratoire politique, culturel et économique du Moyen Âge. La dualité entre la Cité spirituelle et la Ville marchande a stimulé une rivalité architecturale dont témoignent encore le Beffroi et l'abbaye Saint-Vaast.
En explorant les boves sous la Place des Héros, on prend la mesure du travail accompli par les bâtisseurs médiévaux pour extraire la craie avant de transformer ces dédales en entrepôts marchands. Malgré les épreuves de la Vauderie et les destructions du siège de Louis XI, la cité a su préserver son identité culturelle unique. Lors de votre prochaine visite dans les Hauts-de-France, n'hésitez pas à descendre sous terre et à lever les yeux vers le beffroi : chaque pierre d'Arras a une histoire médiévale à vous raconter.
Sources et Références Historiques
• Arras Ville — Les boves d’Arras, la ville souterraine
• La Voix du Nord — À Arras, retour au Moyen Âge dans les boves
• Arras Pays d’Artois — Brochure « Trio gagnant »
• Subterranea Britannica — Arras Boves
