Chaque 21 juin, la France entière célèbre le fameux solstice d'été en vibrant en musique. Mais si aujourd'hui vous avez l'étrange impression que ce grand événement populaire a totalement perdu de son âme, rassurez-vous, vous n'êtes absolument pas devenu simplement aigri. L'histoire et les origines de la fête de la musique nous rappellent cruellement une époque fantastique où la pure spontanéité primait largement sur la guerre des décibels. Désormais, l'évolution de la fête de la musique en France dévoile un tout autre visage, oscillant tristement entre le grand foutoir incontrôlable et un événement commercial extrêmement et parfois trop bien cadré.

Les origines : Quand l'esprit d'origine avait du sens
Tout commence véritablement en 1982, sous la grande impulsion de Jack Lang et de Maurice Fleuret. Le slogan officiel "Faites de la musique" est massivement lancé. L'esprit d'origine de la fête de la musique s'avérait être purement et simplement participatif. À l'époque, il suffisait de sortir fièrement sa guitare sèche, de s'installer tranquillement sur la place centrale de la commune et d'y partager un formidable moment de convivialité. C'était l'âge d'or du style un peu roots, de cet amateurisme profondément assumé et respecté. Une philosophie géniale s'appuyant exclusivement sur les moyens du bord, où chaque petit musicien amateur de quartier devenait immédiatement la véritable vedette lumineuse de toute une soirée d'été chaleureuse et incroyablement douce à vivre tous ensemble paisiblement.
De la guitare sèche au règne tyrannique du DJ Boum Boum
Au fil du temps, cette charmante utopie a radicalement changé. Fini la petite place de village totalement paisible. Les municipalités ont progressivement commencé à financer lourdement des podiums officiels équipés avec des milliers de watts. La dérive a explosé quand le grand événement est devenu une messe hyper subventionnée. L'arrivée massive d'enceintes surpuissantes a détruit l'équilibre. Le fameux DJ Boum Boum, installé à chaque carrefour, est venu couvrir les mélodies des amateurs. Conséquence directe : pour avoir le plaisir de jouer de la guitare dans la rue sans finir complètement assourdi, les musiciens ont été obligés de se délocaliser. Ils sont devenus totalement invisibles en fuyant dans une rue secondaire extrêmement sombre. L'esprit initial a cédé la place à la compétition sonore la plus bête et méchante possible.
Un immense défouloir sous alcool et l'ère triste de la télévision
Cette transformation flagrante ne s'arrête malheureusement pas aux décibels abusifs. La célébration s'est peu à peu muée en un énorme défouloir généralisé sous alcool et sous drogue. Les vrais mélomanes passionnés doivent aujourd'hui faire preuve d'une grande tolérance infinie avec des personnes complètement hors de contrôle. L'ambiance conviviale a laissé place à une frénésie urbaine souvent trop oppressante. Et puis, la télé s'y est mise aussi. Les chaînes ont exploité la popularité du concept en montant de gigantesques émissions. Quel est le comble pour une soirée dédiée aux vrais instrumentistes ? Voir des vedettes qui viennent chanter vulgairement en playback ou bien paresseusement sur une simple bande son. Ce formatage commercial a cruellement aseptisé l'événement. L'esprit d'origine, un peu roots, a définitivement perdu tout son charme intemporel et absolument toute sa très belle et si douce vieille âme.
Le droit de mal jouer Smoke on the Water
Je suis probablement devenu trop aigri avec le temps, mais je n'aime plus du tout l'ambiance actuelle. Je déteste profondément cet esprit nuisible cherchant systématiquement à savoir celui qui fera le plus de bruit massif pour couvrir brutalement les autres artistes. La base fondamentale, c'est qu'on doit pouvoir mal jouer le riff de Smoke on the Water à la guitare et pouvoir sereinement en faire profiter les autres passants bienveillants de son propre quartier. Revendiquer fièrement cette histoire du 21 juin et sa merveilleuse imperfection devrait rester notre priorité absolue. L'idéal serait de retrouver cette magnifique époque où la poésie d'une modeste fausse note acoustique valait mille fois mieux qu'un set préenregistré. Bref, redonnons immédiatement la parole libre aux vrais passionnés et rendons la rue vibrante à nos chers musiciens amateurs si merveilleusement imparfaits chaque très douce nuit musicale estivale.
