Quand j'étais enfant, je m'en souviens comme si c'était hier, j'ai dû fabriquer à l'école au moins 3 ou 4 cendriers en argile (avec l'empreinte de mes petits doigts, un grand classique), faire un étui à peigne en feutrine un peu bancal, ou encore des cartes pleines de macaronis peints à la gouache. Maintenant, les choses ont bien changé. Imaginez la scène aujourd'hui : un enfant rentre de l'école maternelle avec un magnifique cendrier "spécial gros fumeur" à offrir à son papa... Cela deviendrait immédiatement un scandale national en édition spéciale sur BFMTV !


D'ailleurs, l'école elle-même a pris ses distances avec ces traditions. Certains enseignants s'opposent farouchement à faire la fête des pères ou des mères pour éviter de traumatiser les orphelins ou de heurter les parents de même sexe. Au final, on finit par réaliser que ces fêtes sont un peu comme la Saint-Valentin : cela reste une fête purement commerciale où l'on est obligé de se dire qu'on s'aime juste parce que c'est imposé par le calendrier, et pas de façon spontanée et sincère.


Mais au fait, comment en sommes-nous arrivés là ? Plongeons dans l'histoire de la fête des pères en France, une épopée où le marketing a triomphé de l'amour inconditionnel.

Un dessin coloré pour papa.

1. Quelle est l'origine de la Fête des Pères en France ? (Spoiler : C'est la faute d'un briquet)

Si la fête des mères a des racines lointaines (on en parlait déjà sous Napoléon et elle a été officialisée plus tard pour relancer la natalité), l'origine de la fête des pères en France est beaucoup plus... pragmatique. Et surtout, très fumeuse.


Nous sommes en 1949. La marque bretonne de briquets Flaminaire, dirigée par un certain Marcel Quercia, cherche un moyen de booster ses ventes pendant le mois de juin, une période notoirement creuse pour les vendeurs d'articles pour fumeurs. Son idée de génie ? S'inspirer du "Father's Day" américain et inventer une journée dédiée aux papas français, avec un slogan qui ne passait pas par quatre chemins : "Nos papas nous l'ont dit, pour la Fête des Pères, ils désirent tous un Flaminaire".
Eh oui, la vraie raison pour laquelle on célèbre les papas, c'est pour écouler des stocks de briquets à gaz. La tradition est née, le capitalisme a souri, et en 1952, l'État français a finalement officialisé la date de la fête des pères en France au troisième dimanche de juin.

2. L'évolution de la fameuse "Idée Cadeau Fête des Pères"

Depuis le fameux briquet des années 50, la quête pour trouver une idée cadeau fête des pères originale a connu de nombreux bouleversements sociologiques. Faisons un petit bond dans le temps :

  • Les Années 70-80 : L'ère de la bricole et du tabac. Le cendrier en pâte à sel régnait en maître absolu, suivi de près par le collier de nouilles asymétrique et l'étui à lunettes en carton. C'était l'âge d'or du fait-main (et du mauvais goût assumé).
  • Les Années 90-2000 : Le règne du prêt-à-porter ringard. La fameuse cravate aux motifs improbables, le mug "Super Papa" fabriqué en Chine, ou encore le célébrissime parfum bon marché acheté la veille au supermarché.
  • Les Années 2020 : Le papa bobo-geek. Aujourd'hui, quelle idée cadeau offrir pour la fête des pères ? Fini le cendrier (BFMTV veille au grain, rappelez-vous). Désormais, on tape dans la longue traîne sur Google pour trouver une "box cadeau bière artisanale IPA", un "coffret soin barbe bio aux huiles essentielles", ou un gadget connecté hors de prix qui finira dans un tiroir avant le 14 juillet.

3. Pourquoi célèbre-t-on (encore) la Fête des Pères aujourd'hui ?

Malgré ce constat un brin cynique et l'omniprésence du marketing, pourquoi s'acharne-t-on à taper frénétiquement « meilleur cadeau fête des pères livraison 24h » le samedi soir précédant l'événement ?


Probablement parce que, derrière la façade commerciale et la pression sociale du calendrier des Postes, il reste une infime part de culpabilité filiale et le besoin de cocher la case "bon fils" ou "bonne fille". On sait que c'est artificiel, on sait que l'amour ne se mesure pas à la taille du coffret cadeau, mais on finit toujours par céder.


La morale de l'histoire ? La prochaine fois que vous offrirez un coffret de bières ou un outil multifonction à votre père le troisième dimanche de juin, rappelez-vous que vous participez à une tradition inventée pour vendre des briquets.


Alors, cette année, si vous voulez vraiment être subversif et original, oubliez la carte de crédit. Passez-lui simplement un coup de fil un mardi de novembre, sans raison apparente, juste pour lui dire que vous l'aimez. C'est gratuit, c'est spontané, et surtout... ça, ça ne fera jamais les gros titres de BFMTV !