Introduction

La longue histoire souterraine de Arras ne se résume pas à la Carrière Wellington ni à quelques caves anciennes. Sous les rues, les places et les faubourgs, la craie a été extraite, transformée en pierre de construction, réutilisée comme entrepôt, refuge, caserne et abri. Ce sous-sol raconte donc une autre ville : une ville bâtie avec la matière retirée de ses profondeurs, puis protégée par les vides ainsi créés.
Je vous propose de lire Arras comme un ensemble de strates plutôt que comme un unique labyrinthe. Les boves médiévales, les carrières militaires de 1916 et 1917, les abris civils du XXe siècle et les espaces mémoriels actuels n’ont pas la même origine ni la même fonction. Les confondre ferait perdre l’essentiel : chaque période a adapté les cavités aux besoins de son temps.
En résumé : Les boves sont d’anciennes carrières creusées dans la craie sous Arras. Elles ont fourni la pierre de la ville avant de devenir, durant la Première Guerre mondiale, une vaste base souterraine alliée. Aujourd’hui, les Boves et la Carrière Wellington permettent de découvrir deux facettes complémentaires de cette histoire : la ville médiévale et la préparation de la bataille d’Arras de 1917.
A rétenir
• Les boves désignent principalement des carrières souterraines creusées dans la craie, puis réemployées au fil des siècles.
• Le réseau militaire de 1917 résulte du raccordement de plusieurs carrières anciennes, et non de la création d’un tunnel unique sous toute la ville.
• La Carrière Wellington éclaire l’histoire militaire internationale d’Arras ; les Boves de la place des Héros racontent davantage l’histoire civile, artisanale et commerciale.
• Tous les souterrains d’Arras ne sont ni accessibles ni visitables : la sécurité, la stabilité des terrains et la conservation patrimoniale imposent des limites.
Des Boves À La Ville De Craie
Que Signifie Le Mot « Bove » ?
À Arras, une bove est une cavité souterraine, le plus souvent issue de l’extraction de la craie ou de la pierre calcaire. Le terme appartient au vocabulaire local et désigne moins une forme architecturale précise qu’un usage historique du sous-sol. Une bove peut être une ancienne carrière, une grande salle, une galerie, une cave profonde ou un espace remployé.
Cette nuance compte. Dire que « les boves d’Arras » forment un seul réseau homogène est trompeur. Certaines cavités communiquaient entre elles ; d’autres restaient séparées par des piliers de craie, des remblais, des murs ou des secteurs aujourd’hui inaccessibles. Les parcours ouverts au public montrent une partie choisie, sécurisée et interprétée de cet ensemble beaucoup plus vaste.
La Craie, Matière Première De La Ville
L’histoire commence avec le sous-sol artésien. La craie se taille relativement facilement lorsqu’elle est extraite, puis peut se raffermir en séchant. Cette propriété en a fait un matériau de construction recherché pour les murs, les édifices religieux et les ouvrages défensifs. Les premières exploitations sont attestées dès le Xe siècle : l’histoire officielle de la Carrière Wellington indique que les carrières étaient exploitées dès cette période, avant d’être reliées durant la Grande Guerre et ouvertes à la visite en 2008.
Le mécanisme est simple, mais ses effets sont considérables. Pour obtenir la pierre, les carriers descendaient par des puits ou des accès inclinés, puis creusaient des chambres en laissant des piliers de craie afin de soutenir le plafond. En surface, la pierre devenait maison, mur, église ou rempart. En profondeur, elle laissait derrière elle des volumes disponibles.
| Période | Fonction Principale Du Sous-Sol | Ce Qu’Elle Révèle |
|---|---|---|
| Moyen Âge | Extraction de pierre | La croissance urbaine et les besoins de construction |
| Époque moderne | Stockage, caves, usages ponctuels de refuge | L’adaptation des cavités à l’économie urbaine |
| 1916-1917 | Casernes et voies de circulation militaires | La transformation du sous-sol en infrastructure stratégique |
| Seconde Guerre mondiale | Protection civile | Le retour du sous-sol comme abri collectif |
| Aujourd’hui | Mémoire, visite, prévention des risques | Un patrimoine fragile qui doit être géré |
Des Caves Marchandes Aux Refuges Occasionnels
Lorsque l’extraction ralentit ou se déplace, les anciennes cavités ne disparaissent pas. Elles changent de rôle. Leur température relativement stable a favorisé le stockage de denrées, de boissons et de marchandises. Sous les quartiers marchands, des escaliers reliaient parfois les caves de surface à des volumes plus profonds.
Il faut toutefois éviter de reconstituer une ville souterraine parfaitement organisée à partir de quelques exemples spectaculaires. Les plans complets manquent pour une partie des réseaux anciens. Certaines salles ont été comblées, fragilisées ou coupées par les reconstructions successives. Une bove visitée aujourd’hui n’est donc pas une photographie intacte du Moyen Âge : c’est un espace dont les usages se sont accumulés, effacés puis parfois révélés à nouveau.
Cette lecture par couches donne aussi une clé pour découvrir Arras et ses environs. Les façades, les places et les monuments de la ville haute prennent un autre relief lorsqu’on comprend qu’une partie de leur histoire matérielle commence sous les pavés.
1916-1917 : La Ville Invisible De La Bataille D’Arras
Pourquoi Relier Les Anciennes Carrières ?
À partir de 1916, Arras se trouve au contact d’un front extrêmement exposé. Le problème militaire est alors concret : comment rassembler des milliers d’hommes près des lignes allemandes sans les présenter à l’artillerie ni révéler la préparation d’une offensive ? Les carrières existantes offrent une réponse rare : elles permettent de protéger les troupes, de les organiser et de les acheminer vers des sorties proches du front.
L’Office de tourisme d’Arras précise que des carrières exploitées depuis le Moyen Âge ont été reliées à partir de 1916 pour constituer une base souterraine à proximité du front. Cette formulation est essentielle : les Britanniques ne partent pas d’un espace vide. Ils adaptent un héritage extractif ancien à une stratégie moderne.
Le Travail Des Tunneliers
Les travaux commencent en novembre 1916. Les tunneliers et sapeurs aménagent les espaces existants, creusent des raccordements, stabilisent certains passages et organisent des zones de cantonnement. L’ECPAD indique que ces travaux débutent en novembre 1916 et que les carrières pouvaient accueillir jusqu’à 24 000 soldats à la veille de l’offensive.
Ce chiffre ne doit pas être lu comme la capacité confortable d’un unique lieu. Il exprime l’échelle d’un dispositif réparti entre carrières, caves et galeries. Il existe aussi des variations dans les estimations de longueur, souvent proches de 19 ou 20 kilomètres. Elles peuvent correspondre à des modes de calcul différents : réseau global connu, secteurs militaires reliés, portions aménagées ou galeries prises en compte à un moment donné.
Les noms de Wellington, Auckland, Nelson, Glasgow ou Manchester ne désignent donc pas forcément les salles d’un seul ensemble uniforme. Ils renvoient à des secteurs, à des unités ou à des conventions de repérage. Dans un environnement sans lumière du jour, nommer les espaces n’est pas décoratif : c’est une manière de coordonner les déplacements, les ordres et les points de rassemblement.
Une Caserne Souterraine, Pas Un Simple Abri
La fonction d’une carrière militaire dépasse largement le refuge. Il faut y accueillir des hommes, distribuer les consignes, orienter les unités, stocker du matériel et préserver une circulation fluide avant l’attaque. Les galeries deviennent ainsi une infrastructure logistique où la discrétion est aussi importante que la protection.
Les sapeurs néo-zélandais jouent un rôle central dans ce chantier. Le ministère des Armées rappelle qu’ils ont relié d’anciennes carrières afin de créer un réseau d’environ 20 kilomètres, utilisé le 9 avril 1917. Ce jour-là, les troupes peuvent atteindre des sorties proches des premières lignes allemandes avant de lancer l’offensive.
La réussite tactique ne signifie pas que le sous-sol rendait la guerre moins terrible. Il réduisait l’exposition pendant l’approche, mais ne supprimait ni les combats de surface ni les pertes. C’est précisément pourquoi la Carrière Wellington doit être comprise comme un lieu de mémoire : elle montre une prouesse d’organisation, sans transformer la bataille en récit héroïque simplifié.
Pour approfondir cette dimension, la visite de la Carrière Wellington à Arras est particulièrement pertinente avant ou après un parcours sur les sites de mémoire régionaux.
Après La Guerre : Refuge, Risque Et Mémoire
Un Sous-Sol Fragile Après 1918
La guerre terminée, le réseau devient aussi un problème urbain. Les galeries ne sont pas toutes documentées, leurs accès ne sont pas toujours sûrs et certains secteurs ont subi les vibrations des bombardements ou des travaux militaires. Le danger principal est l’instabilité : une cavité mal connue, une infiltration d’eau ou un toit fragilisé peuvent provoquer un affaissement.
Dans la craie, le risque ne vient pas uniquement de l’âge des galeries. Il dépend de la profondeur, de l’état des piliers, de la nature des couches traversées et de la circulation de l’eau. Un fontis se forme lorsqu’une rupture progressive au plafond crée une cloche de vide qui remonte peu à peu vers la surface. Le phénomène peut rester invisible longtemps, puis affecter une chaussée ou un bâtiment.
C’est pourquoi le sous-sol d’Arras ne peut pas être traité comme un simple décor touristique. La mise en valeur suppose des études, des consolidations, un contrôle des accès et, parfois, la fermeture de secteurs pourtant intéressants sur le plan historique.
Les Abris De La Seconde Guerre Mondiale
Durant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs cavités sont à nouveau considérées comme des espaces de protection civile. Cette réutilisation confirme une continuité frappante : les carrières creusées pour bâtir la ville ont servi, des siècles plus tard, à protéger ses habitants.
Les traces de ces usages successifs peuvent parfois se lire sur les parois : inscriptions de soldats, marques de circulation, équipements électriques ou signalisation plus récente. Chaque trace doit cependant être replacée dans son contexte. Une inscription n’est pas forcément datée avec précision, et l’absence d’un objet dans une salle ne prouve pas que cette salle n’a jamais été utilisée. Dans les souterrains, l’archive est souvent fragmentaire.
De L’Oubli Au Patrimoine
La patrimonialisation contemporaine ne signifie pas que tout a été sauvé. Elle résulte de choix : sélectionner des espaces suffisamment stables, documenter les vestiges, installer un accès sécurisé et construire un récit compréhensible pour le public. La Carrière Wellington, ouverte comme site mémoriel en 2008, est l’exemple le plus connu de cette transformation.
Le visiteur doit donc garder une idée simple en tête : le parcours accessible représente une partie du réseau, pas son intégralité. Cette limite n’enlève rien à l’intérêt de la visite. Au contraire, elle permet de distinguer ce qui est conservé, ce qui est étudié et ce qui reste inaccessible pour des raisons de sécurité ou de conservation.
Quels Souterrains Visiter À Arras ?
Les Boves Sous La Place Des Héros
Les Boves constituent le meilleur choix pour comprendre la longue durée du sous-sol arrageois. Le parcours est centré sur les anciennes carrières et sur leur réemploi dans la vie urbaine. Il convient particulièrement aux visiteurs qui souhaitent saisir le lien entre la pierre, la ville médiévale, les caves et les refuges plus tardifs.
Choisissez ce parcours si vous recherchez :
• Une lecture de l’histoire civile et urbaine d’Arras.
• Un complément à la découverte de la Grand’Place, de la place des Héros et du beffroi.
• Une visite adaptée à une première approche du patrimoine souterrain local.
Évitez de le considérer comme une visite exhaustive des réseaux militaires de 1917. Des traces de guerre peuvent y être évoquées, mais le cœur du sujet reste l’histoire ancienne des cavités.
La Carrière Wellington
La Carrière Wellington est le choix le plus pertinent pour comprendre la préparation de la bataille d’Arras. Le parcours descend à environ 20 mètres et met l’accent sur les soldats du Commonwealth, les tunneliers néo-zélandais, les conditions de préparation de l’offensive et les sorties vers le front.
Elle est recommandée si vous cherchez :
• Une visite centrée sur la Première Guerre mondiale.
• Un site mémoriel accessible à un large public grâce à un ascenseur.
• Un cadre historique pour comprendre l’offensive du 9 avril 1917.
Fair warning : l’atmosphère souterraine, la profondeur et le sujet militaire peuvent impressionner les jeunes enfants ou les personnes sensibles aux espaces clos. Les conditions d’accès, les horaires et les recommandations d’âge peuvent évoluer ; mieux vaut les vérifier avant le départ auprès du site concerné.
Quel Parcours Choisir ?
| Votre Intérêt Principal | Visite À Privilégier | Pourquoi |
|---|---|---|
| Histoire médiévale et architecture | Les Boves | Elles expliquent l’extraction de la craie et les usages urbains du sous-sol |
| Première Guerre mondiale | Carrière Wellington | Elle montre le dispositif militaire préparé avant l’offensive de 1917 |
| Sortie familiale culturelle | Les Boves, puis le centre-ville | Le récit est plus large et se relie facilement aux monuments de surface |
| Mémoire internationale du Commonwealth | Carrière Wellington | Le rôle des tunneliers et des troupes alliées y est central |
| Journée complète à Arras | Les deux, si les horaires le permettent | Les sites sont complémentaires, sans raconter exactement la même histoire |
Pour replacer Arras dans l’ensemble des mémoires du front occidental, il peut aussi être utile de prolonger le voyage vers La Somme, terre de mémoire de 14-18. Les paysages et les dispositifs mémoriels diffèrent, mais ils répondent à la même nécessité : rendre lisible une guerre dont une partie décisive s’est jouée hors du regard.
Questions Fréquentes Sur Les Souterrains D’Arras
Les Boves D’Arras Forment-Elles Un Seul Réseau Continu ?
Non. Elles désignent un ensemble de cavités d’origines, de tailles et d’époques différentes. Certaines ont été reliées, notamment pour les besoins militaires de 1916 et 1917, mais les espaces visitables ne représentent pas une galerie continue sous toute la ville.
Quelle Différence Entre Les Boves Et La Carrière Wellington ?
Les Boves renvoient surtout aux anciennes carrières et aux usages civils du sous-sol. La Carrière Wellington est un secteur militaire aménagé durant la Première Guerre mondiale et devenu mémorial. Les deux appartiennent à la même histoire souterraine, mais ils ne racontent pas le même chapitre.
Depuis Quand Exploite-T-On Le Sous-Sol D’Arras ?
Les sources patrimoniales situent les premières exploitations de craie dès le Xe siècle. Les carrières ont ensuite connu de nombreux réemplois, ce qui explique la superposition des traces médiévales, modernes et militaires.
Pourquoi Les Britanniques Ont-Ils Utilisé Les Carrières En 1916 ?
Ils cherchaient à installer et déplacer des troupes à l’abri des tirs avant l’offensive. Les anciennes carrières offraient déjà des volumes souterrains ; les tunneliers les ont reliées et adaptées pour créer un dispositif de préparation militaire.
Combien De Soldats Pouvaient Être Accueillis Sous Arras ?
Les sources évoquent jusqu’à 24 000 soldats à la veille de l’offensive de 1917. Ce total concerne l’ensemble du dispositif souterrain mobilisé, pas une seule salle ni uniquement la Carrière Wellington.
Peut-On Visiter Les Galeries Utilisées En 1917 ?
Oui, la Carrière Wellington permet d’accéder à une partie préservée et aménagée du réseau militaire. Toutefois, elle ne donne pas accès à l’intégralité des galeries historiques, dont certaines restent fermées ou ont disparu.
Les Souterrains Sont-Ils Accessibles Aux Personnes À Mobilité Réduite ?
La Carrière Wellington dispose d’un ascenseur pour rejoindre le niveau de visite, mais l’accessibilité complète dépend du parcours, des équipements et des besoins de chacun. Il est prudent de contacter les sites avant la visite pour obtenir une information à jour.
Conclusion
La longue histoire souterraine de Arras est celle d’une ressource devenue refuge, puis instrument de guerre et enfin patrimoine. Sous les places animées et les façades reconstruites, les boves rappellent que la ville s’est aussi bâtie dans la profondeur.
Pour comprendre cette histoire sans la simplifier, l’idéal est d’associer les Boves à la Carrière Wellington. Le premier parcours explique comment Arras a tiré sa pierre de la craie ; le second montre comment ces cavités ont permis de préparer l’offensive de 1917. Ensemble, ils donnent à voir une ville où le sous-sol n’est pas un décor caché, mais une part essentielle de la mémoire collective.
Sources / References
• Carrière Wellington — Découvrir la Carrière Wellington : https://www.carrierewellington.com/en/histoire-de-la-carriere/
• Ministère des Armées, Chemins de mémoire — La carrière Wellington, mémorial de la bataille d’Arras : https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/la-carriere-wellington-memorial-de-la-bataille-darras
• ECPAD — Bataille d’Arras : l’empire britannique à l’assaut de l’Artois : https://imagesdefense.gouv.fr/bataille-arras-offensive-britannique-premiere-guerre-mondiale
• Office de tourisme d’Arras — Carrière Wellington : https://www.explorearras.com/fr/visiter/carriere-wellington.html
